Conversation avec
Christophe Ventura
Universitaire, France

 

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Comment les classes populaires sont-elles représentées dans les médias?

 

En général, et à part quelques variantes, la première c´est une non prise en compte du peuple dans la représentation médiatique. Il y a souvent une sorte d´invisibilisation des catégories et des milieux populaires dans toute la production médiatique de masse. Je pense en particulier à la production culturelle ou de divertissement en télévision ou même en théâtre, et dans la presse écrite encore plus. Le Peuple réellement existant, les masses, les majorités populaires n´existent pas en général. Elles sont invisibilisées. On ne parle jamais ou on ne verra jamais à la télévision des films ou des séries qui valoriseraient un mode de vie populaire ou des savoir-faire populaires, que se soit dans le cadre professionnel, dans le cadre culturel, musical, tout ca n´existe pas en général et quand ca existe, dans ce cas là on est dans des registres de ringardisations, c´est à dire en fait de caricatures négatives qui renvoient à une image de clichés, tous les clichés possibles du point de vue bourgeois de la vie populaire. C´est à dire une vie faite de rapine, de vol, de vulgarité, de comportements négatifs, on vole le voisin, on a un esprit dissipé, on est toujours dans les excès, l´alcool, etcetera. Comme on dit en France, c´est soit l´image du beauf c´est à dire à la fois raciste, violent, machiste, ou bien l´image de l´abruti finalement. C´est à dire de gens qui ont un niveau d´intelligence inférieure, des gens qui sont incapables de comprendre la « complexité heureuse » d´un monde qui leur échappe et contre lequel ils essaient de se battre de mauvaise manière, c´est à dire en se repliant, en étant fermé, en ne comprenant pas, finalement en étant les fauteurs de haine dans la société. C´est l´image en général, qui est renvoyé par la chose médiatique.

 

Je pense que c´est une manière d´empêcher l´existence d´une conscience populaire, comme Marx aurait appelé ca conscience de classe. C´est l´idée de construire des représentations qui fait qu´une partie de la société ne puisse pas se vivre comme un acteur collectif ou comme un groupe ayant des intérêts communs ou ayant une place à prendre dans la société. La stratégie consciente ou parfois inconsciente des médias ou des journalistes qui travaillent dans les médias et qui finalement intègrent cette représentation d´un monde sans les classes populaires.

 

Quel rôle politique jouent les médias ?

 

Les médias agissent comme un véritable parti politique dans la société, en France, en Europe, dans le monde entier, on le sait par exemple en Amérique Latine que c´est évident, on a un cas d´école avec l´Amérique latine. Les médias sont un parti politique, en général c´est même eux qui donnent le la de l´arène politique dans les pays. Dans la discussion politique, il y a de la part des médias une attaque frontale contre ceux qui essaient de construire le Peuple comme une catégorie digne et protagoniste. Un autre exemple, dans une dimension plus culturelle, de divertissement, parce que c´est très important, c´est par là que la représentation de la société passe pour beaucoup de gens qui sont consommateur de programmes culturels et de divertissement. Je pense aux séries télévisées et aux programmes tous azimuts. Le fait de dénigrer le Peuple passe par le fait que l´image populaire rassemble tous les clichés : des personnages peu enthousiasmants, des personnages qui ont toujours des vices, des personnages qui sont toujours dans des histoires de trahisons, de vols, enfin tout ce qui peut être associé aux classes laborieuses.

 

Les médias sont-ils tous puissants ?

 

Malgré le déchainement des campagnes médiatiques, malgré la grande alliance la sainte alliance qui existait entre l´appareil médiatique et la classe politique française réunis, social-démocrate en particulier, et tout une partie de la classe intellectuel française, malgré tout leur alliance a explosé parce qu´il y a eut une vague populaire qui a malgré tout fait le choix conscient, éclairé et informé, sur les dangers que comportait le projet que l´on voulait leur imposer. Et là on voit que les tenants du système médiatique, politique et intellectuel, ont peur du peuple parce qu´ils savent très bien que le peuple peut s´informer par d´autres moyens, est informé par d´autres moyens. L´information de tout un chacun ne passe pas exclusivement par le canal médiatique, fort heureusement. Ca c´est déjà une représentation que se font les intellectuels et les journalistes de la société. Les individus et les gens qui composent les classes populaires sont informés sur le monde parce qu´ils en vivent les conséquences matérielles et concrètes au jour le jour dans leur vécu social. Le vécu social est une information. C´est une manière où l´individu se frotte et se confronte à la réalité de ce monde complexe qu´il n´est pas censé comprendre. Très concrètement. Quelqu´un qui voit dans sa ville ou son village fermer un bureau de poste ou se concentrer dans le tabac des services qui avant étaient donné par d´autres services publics ou qui voit concrètement la logique d´une délocalisation à l´œuvre chez lui ou à coté parce qu´elle impacte la vie de son cousin ou de sa tante, de son frère, de sa sœur ou de sa belle-sœur, tout cela participe à la formation de l´information. Les gens s´informent par le fait social. Et ca c´est quelque chose qui échappe et qui échappera toujours aux médias. De ce point de vue là les médias sont des colosses aux pieds d´argile.

 

Le Médium, c´est nous, c´est vous, c´est tous ceux qui vont regarder et qui vont être intéressés à cela. Ils ont une responsabilité parce que c´est eux qu´on voit et c´est eux qui peuvent faire en sorte qu´on les voit. Chacun est appelé à être acteur de ce type de projet.

 

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