Henri Maler: "Le rôle des médias dans la vie démocratique c'est de satisfaire le droit à l'information"

Quel est le rôle des médias dans la vie démocratique ?

 

Le rôle des médias dans la vie démocratique c´est de satisfaire le droit à l´information, mais à condition de préciser ce qu´est le droit à l´information. C´est le droit d´informer, ce qui suppose le pluralisme et le droit d´être informé. Le droit d´informer ne doit pas être limité aux professionnels de la profession. Ce doit être un droit, qui est un droit socialement partagé le plus largement possible. Il existe les outils pour cela mais ils n´y a pas toujours les moyens. Ce droit à l´information suppose qu´il n´y ait aucune zone de non-droit à l´information. Or il existe, même dans un pays réputé démocratique comme la France, des zones de non-droits à l´information qui sont tout a fait considérables. Je n´en citerai qu´un parce qu´il est très important. C´est le non-droit à l´information sur ce qu´ils se passe dans les entreprises puisque c´est laissé à la discrétion des patrons qui accordent ou qui n´accordent pas aux journalistes le droit d´enquêter sur le lieu de travail, quand les gens ont un travail toujours le cas. Or les gens passent dans leurs entreprises une partie non négligeable de leur existence. Comment voulez-vous savoir ce que sont les conditions sociales d´existence de la majorité de la population si vous n´avez pas le droit d´informer sans restriction sur les lieux de travail ? Voilà déjà une première chose. La deuxième chose, c´est que l´information doit être pluraliste. Il faut s´entendre sur ce que ca veut dire. Ca veut dire diversité de l´information et pluralité des opinions. Or le compte n´y est pas. Il y a une tendance à l´homogénéisation de l´information sous toute une série d´effet. Et la pluralité des opinions, même dans un pays comme la France, qui n´est pas la dictature de la Corée du Nord, la pluralité des opinons n´est pas là. Et là encore, il faudrait distinguer. Si l´on parle de la pluralité des opinions, il faut distinguer le pluralisme partisan, c´est à dire l´accès des différentes formations politiques à la diffusion de leurs opinions dans les grands médias et le pluralisme éditorial, ce qui n´est pas la même chose. C´est à dire le pluralisme de ce que nous appelons l´éditocratie, c´est à dire de ceux qui sont les professionnels du commentaire, pas des professionnels de l´information. Le droit à l´information, le droit d´informer et d´être informer, le droit de diffuser et le pouvoir de diffuser une pluralité d´opinion sont nécessaire à la vie démocratique.

 

Qu´en est il de la concentration des médias en France ?

 

Il existe en France une concentration des medias absolument extraordinaire qui sont des medias privés, financiarisés et dont la mesure est l´audience commerciale. Or si vous avez en face de ca, une télévision et une radio publiques sous financées, qui se bat sur le même terrain, et avec les mêmes armes que les médias privés, avec moins de moyens, que la plupart des médias privés, il est quasiment inévitable, quelles que soient les bonnes intentions des uns et des autres, qu´elles produisent une denrée d´aussi mauvaise qualité.

 

C´est un processus dont la logique, pour dire les choses très simplement, de la contrerévolution libérale, qui touche absolument tous les secteurs de la vie économique et sociale touche évidemment le secteur des médias. Et que par conséquent, l´affaiblissement du secteur public, le soutien dérisoire accordé aux médias associatifs et aux médias indépendants a aboutit à la chose suivante : la concentration des médias n´a cessé de s´accélérer.

 

Il y a une erreur qu´il ne faut pas commettre, parce qu´elle brouille un peu le regard, c´est de penser que la concentration est par elle même, l´ennemi du pluralisme. La concentration est l´ennemi du pluralisme quand c´est une concentration privée. C´est très important de dire ca. Ce qui est très grave, c´est la concentration dont le moteur est la financiarisation des médias. Et son passage évidemment, dans le cas particulier de la France, quand la quasi totalité des propriétaires de grands médias sont des acteurs de premier plan dans la vie économique et industrielle du pays.

 

Quelles seraient les solutions à l´emprise des médias privés ?

 

Un service public de l´information et de la culture ne peut pas exister s´il n´existe pas des organismes de régulations appropriés. On a en France un organisme qui est une véritable caricature : le Conseil Supérieur de l´Audiovisuel (CSA), qui est un conseil fantoche et croupion. Il est fantoche parce qu´en réalité il émane du pouvoir politique et il est croupion parce qu´il couvre l´audiovisuel et se désintéresse absolument du reste sur lequel il n´a aucun pouvoir d´arbitrage et de régulation. C´est surtout son caractère fantoche qui pose problème. Ce dont on a besoin c´est d´un organisme démocratique, qui d´ailleurs pourrait être constitutionalisé, et dans ce cas là l´expression d´un 4e pouvoir aurait tout son sens, ce serait un 4e pouvoir constitutionnel, et qui comprendrait des représentants des journalistes et des salariés des médias. Parce qu´on dit toujours les journalistes mais les médias ce n´est pas uniquement les journalistes. Des représentants des différentes formations politiques existantes dans le pays mais à la proportionnelle intégrale. Et enfin des représentants des publics. On peut même rêver, mais ca c´est pour une utopie libertaire dans quelques décennies, on pourrait même rêver qu´il y ait des élections sur des programmes de transformation des médias, indépendamment même des forces politiques et qui ferait que les publics, les usagers des médias seraient ainsi associer à la régulation du monde médiatique.

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